Le duo Jonas Gerckens – Benoît Hantzperg s’impose à Horta

« Généralement, lors de la Les Sables – Horta, il y a deux courses dans la course : une première pour arriver aux Açores et une seconde, dans les îles, avec, potentiellement un nouveau départ à cet endroit », annonçait Aymeric Chappellier avant le départ de la première étape. Le Rochelais ne pensait pas si bien dire lorsqu’il s’est élancé, dimanche dernier, pour les 1 270 milles de la première étape entre la Vendée et Faial. Après avoir mené une large partie de la course et imprimé une cadence élevée sur les trois premiers quarts du parcours, le navigateur, accompagné par Rodrigue Cabaz, a finalement cédé la première place au duo de Volvo dans les 50 derniers milles du parcours. Le tandem Jonas Gerckens – Benoît Hantzperg a, en effet, trouvé un petit trou de souris dans la molle, entre les îles, pour s’emparer des commandes de la flotte et ne plus les lâcher jusqu’à la ligne d’arrivée. Une ligne qu’il a finalement franchi à 5h41 avec une avance de douze minutes et 32 secondes sur le duo d’AINA Enfance et Avenir, et de 34 minutes et des poussières sur le binôme de Beijaflore composé de William Mathelin – Moreau – Amaury François qui complète le podium. Des écarts infimes donc, qui promettent, d’ores et déjà, de la belle bagarre pour le match retour !

Comme on s’y attendait, cette première étape de la 7e édition de la Les Sables – Horta s’est donc jouée en deux temps, avec une première partie entre Port Olona et le nord des Açores menée tambours battants qui a indiscutablement fait la part belle à la vitesse et à la finesse des trajectoires, puis une seconde, entre les îles de l’archipel portugais, qui a regroupé les troupes et ouvert le jeu avec une certaine part d’aléatoire, dans la molle. « C’est cette dernière portion qui a finalement décidé du gagnant. On a un peu le sentiment que ça s’est joué à la loterie alors on est forcément un peu chafouin. On va dire qu’on reste un peu sur notre faim car on a mené une bonne partie de la course et qu’on a compté pas mal d’avance à un moment, mais il se trouve que tous les systèmes météo que l’on a rencontré lors de cette première manche ont fait que c’est toujours revenu par derrière », a commenté Aymeric Chappellier qui était, cette année, encore invaincu, après ses victoires dans le Défi Atlantique puis dans la Normandy Channel Race. « On est passé premier à Terceira et on a été les premiers à rentrer dans la molle. L’élastique s’est alors détendu », a ajouté le skipper d’AINA Enfance et Avenir qui a compté jusqu’à 13 milles d’avance sur ses poursuivants les plus proches avant de les voir revenir puis le dépasser. « On a manqué un peu de réussite sur la fin. On s’est notamment fait prendre sous un nuage qui a grossi sur nous, et qui nous a fait perdre énormément de terrain. Ça s’est joué à trois fois rien, et concernant notre nav, avec Rodrigue, il n’y a pas grand-chose à jeter », a ajouté le navigateur forcément un peu déçu d’avoir finalement laissé échapper la première place, mais qui ne compte que 12 minutes de retard, dérisoire à l’échelle des 1 270 milles qu’il reste à parcourir lors du deuxième acte programmé vendredi prochain. « Ça va faire du match pour le retour. Clairement, ça va être intéressant et on ne va rien lâcher », a assuré Aymeric qui avait affiché ses ambitions de victoires dès le départ, et qui ne vise pas autre chose aux Sables d’Olonne.

Le trio de tête dans un mouchoir de moins de 35 minutes

Si la déception est palpable chez le duo Aymeric Chappellier – Rodrigue Cabaz, la satisfaction l’est tout autant chez la paire Jonas Gerckens – Benoît Hantzperg, forcément ravie de signer une première victoire d’étape sur cette Les Sables – Horta. « Jusqu’au bout, ça a été intensif. Ça a vraiment été une super course. Le petit coup de pétole, à la fin, a été dur. On s’y attendait mais on espérait que ça passerait plus vite que ça. Avec Ben, on est content d’avoir réussi à garder la cadence des tous premiers quand le vent était fort et donc plus favorable plus eux. Après, il se trouve que c’est, effectivement, toujours revenu par derrière. C’est dommage pour AINA qui était bien devant mais c’est tant mieux pour nous. L’approche des Açores a été compliquée. Au dernier moment, on a changé de stratégie parce qu’on pensait passer au sud à la base. Les fichiers météo ont changé un peu la donne au dernier moment et heureusement, on a eu le temps de changer d’option assez radicalement. AINA a fait la même chose et on s’est retrouvé ensemble près de Terceira. Dès lors, ça s’est transformé en match-race et ça a duré jusqu’à la fin. Ça a vraiment été super ! », a relaté le navigateur Belge qui a à la fois su trouver la bonne route entre les îles Açoriennes, mais aussi tirer parti des qualités de son Mach 40 dotée d’une surface mouillée plus faible que celle des dernières générations pour défendre son morceau dans les petits airs. Des petits airs qui, on l’a dit, ont largement redistribué les cartes au sein de la flotte lors des dernières 24 heures de course et parmi ceux, au-delà de Jonas et Benoît, qui ont très bien tiré leur épingle du jeu, figurent également William Mathelin – Moreaux et Amaury François. La paire de Beijaflore, qui a joué en mode furtif la deuxième moitié de l’étape en raison d’une défection de sa balise de géolocalisation et fait se poser bien des questions à la fois à ses concurrents et aux observateurs, s’est octroyé la 3place ce samedi matin, à moins de 35 minutes du vainqueur, et à seulement 22 minutes du deuxième. « Le fait d’être en mode fantôme nous a un peu embêté au début mais il s’est avéré assez pratique finalement », a plaisanté le skipper Parisien qui est bien revenu dans le match après une option peu payante au sud du DTS du cap Finisterre. « Hier encore, on était au coude à coude avec Eärendil. On a eu un peu de réussite dans l’après-midi mais il fallait vraiment être dessus. Je n’ai pas lâché la barre et ça a payé. Cette troisième place, c’est super d’autant que c’est la première fois que je fais cette course et c’est ma première épreuve vraiment au large avec ce bateau. Ça a clairement été une de mes plus belles nav, avec notamment trois jours durant lesquels on a tenu des moyennes hallucinantes », a commenté William qui se réjouit, d’ores et déjà, de la manche retour qui promet, comme la dit Aymeric Chappellier, du beau match !

 

Ils ont dit :

Benoît Hantzperg, co-skipper de Volvo : « On ne s’attendait pas à être autant au contact au début car c’était une course de reaching. D’emblée on a été dans le match. Concernant la stratégie était assez claire dès le départ : on voulait vraiment plonger au sud et tout le temps chercher de la vitesse. On a réussi à tenir de belles moyennes, surtout le troisième jour. On avait tout dessus et on ne s’est pas fait décrocher. On a navigué très « safe » après le cap Finisterre car on a pris 30 nœuds. On a donc un peu levé le pied. On aurait pu envoyer un peu plus mais le but était d’arriver. On a tous cassé des bateaux déjà, et moi le premier. Quand le vent est tombé, on a vraiment mis du charbon. Moi, je travaille pour une voilerie et je fais les voiles du bateau donc je suis assez content du travail qui a été réalisé. A priori, c’est validé ! »

Rodrigue Cabaz, co-skipper d’AINA Enfance et Avenir : « On savait que le passage dans les Açores serait compliqué, mais à ce point-là, peut-être pas… Au final, on termine deuxième à douze minutes du premier. C’est un peu frustrant mais c’est aussi la voile. Dans notre sport, il y a une part de réussite et cette part on ne l’a pas beaucoup eue, en tous les cas sur les derniers jours. Avant, je pense qu’on a relativement bien suivi notre plan d’attaque. C’est dommage que ça se soit terminé de cette manière pour nous, mais personne ne pouvait vraiment savoir ce qui allait se passer sur la fin du parcours. »

Amaury François, co-skipper de Beijaflore : « On est content de notre course et de notre troisième place. On a fait un mauvais choix, je pense, au niveau du cap Finisterre. On est donc revenu de loin mais ça aide d’avoir un bateau qui va vite, c’est sûr. La fin a vraiment été compliquée. Tout le monde a un peu décidé tard de passer par le nord. On a, un temps, été avec Eärendil et on a eu la chance qu’il ait eu du mal à passer Terceira. On s’en sort bien mais le bateau va bien. Dans de l’air, c’est une autre habitude. Quand tu vas à 16-18 nœuds, tu n’as pas le réflexe de te dire que tu vas remettre de la toile et que tu peux aller encore plus vite mais avec le nouveau bateau, c’est ce qu’il faut faire et c’est génial ! »

 

Please follow and like us: